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Jésus, l’homme qui était Dieu de Max Gallo

L’historien, de l’Académie française, explique sa démarche à Jacques Paugam
Max Gallo, de l’Académie française, vient de publier Jésus, l’homme qui était Dieu. Il s’entretient ici avec Jacques Paugam, de ce récit dont la perspective centrale n’est pas la question historique, mais la religion en tant que réponse au mystère de l’Amour, de la Vie et de l’Histoire. Il montre un Jésus, non pas souverain mais qui assume sa condition humaine avec humilité. La révolution du christianisme tient à cela, son messie n’est ni puissant ni riche. Max Gallo a-t-il perçu Jésus en historien, en croyant, en pédagogue ? Ecoutez -le !


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : pag847
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag847.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6349-Jesus-l-homme-qui-etait-Dieu-de-Max-Gallo.html
Date de mise en ligne : 21 novembre 2010

Max Gallo, élu à l’Académie française le 31 mai 2007, vient de publier, en cet automne 2010, chez XO, un récit intitulé « Jésus, l’homme qui était Dieu », le livre sans doute le plus personnel de sa fructueuse carrière. Quand il a pris la décision d’écrire ce livre, sa démarche a-t-elle été d’abord une initiative de croyant ou d’historien ? Ou bien celle d’un pédagogue habitué à ce que des dizaines de milliers de lecteurs lui fassent confiance ?

Max Gallo, par le photographe Louis Monier
Max Gallo, par le photographe Louis Monier
© Louis Monier

M.G : La formule « pris cette décision » recouvre une réalité : il y a bien eu une décision, mais qui s’étale sur plusieurs années. Je tournais autour de ce sujet, autour de Jésus en fait. J’y avais pensé quand j’ai écrit trois récits regroupés sous le titre « Les chrétiens » en 2002 (sur Saint Martin, Clovis, Saint Bernard). Je me disais que c’était une tâche qu’il était finalement sage de ne pas entreprendre. Mais j’appartiens à la catégorie des écrivains qui écrivent pour connaître. C’est-à-dire peut-être pour se connaître. Ecrire est un moyen de connaissance. Je me suis rendu compte que ces Evangiles que je lisais au hasard, je ne les connaissais pas bien, je ne les avais jamais appris, je n’avais jamais écrit en les lisant. Au départ, ma décision a été dictée par le souci de relecture, de mise au point pour moi-même. Avec un peu d’inquiétude en me disant « quelle prétention ! On va imaginer que c’est une biographie parmi d’autres ». Cela me déplaisait mais néanmoins après avoir lu et relu les Evangiles, et les apocryphes chrétiens, j’ai trouvé la musique de ce livre que je publie aujourd’hui.

J.P. : En posant la question de la divinité de Jésus à travers sa vie, vous posez aussi des questions sur la mort et sur l’amour. C’est l’essentiel de la vie qui est en cause.

M.G : Pour moi la question est toute simple, c’est pour cela que je n’ai jamais été athée même si je ne suis pas un catholique pratiquant, même si je prie chaque jour. Je suis un historien. Je suis un laïc, c’est-à-dire favorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Je ne sais pas si je corresponds au profil habituel de ceux qui écrivent sur Jésus. Je pense à Mauriac dont je cite en exergue un texte que je trouve admirable : « Sans doute une vie de Jésus il faudrait l’écrire à genoux dans un sentiment d’indignité propre à nous faire tomber la plume des mains, cet ouvrage là un pêcheur devrait rougir d’avoir eu le front de l’achever ». Cette phrase m’a beaucoup fait hésiter. Je n’ai jamais été athée car sur le plan de l’affectivité et de la raison rationnelle– la réponse c’est la transcendance, c’est-à-dire l’autre nom de Dieu.

J.P : Peut-il exister une transcendance laïque à la Camus par exemple ?

M.G : Je n’y crois pas mais chacun à la réponse qu’il juge conforme à son être. Moi je pars du principe que j’ai été aimé dans ma vie (par mes parents par exemple) et que j’ai aimé. L’amour est selon moi un miracle humain. Et ma raison ne peut pas accepter que toute cette énergie affective se dissolve et disparaisse avec la mort. La question de la croyance se pose bien comme une réponse à la mort. Et à l’intérieur de cette croyance en Dieu, je suis catholique par mes origines. Je trouve que la religion catholique est la plus aboutie pour satisfaire mes interrogations. Je serai contesté par d’autres croyants d’autres religions et ils en ont parfaitement le droit.

J.P : Vous disiez qu’on a beaucoup écrit sur Jésus, mais on a mis du temps. Il a fallu attendre 70 ans, voire presque un siècle, pour trouver des écrits. Excluez-vous l’hypothèse que ces écrits soient le fruit d’une idéalisation à posteriori ? M.G : Cette question est tout à fait centrale mais elle ne me concerne pas. Je n’ai pas voulu la poser. J’ai lu Renan, et d’autres écrits sur Jésus. Je connais toutes les questions historiques que légitimement on se pose. Ma perspective c’est : la vie et l’histoire sont pénétrées par le mystère, celui de la naissance, de la mort, de la vie, de la création de l’univers. Je ne crois pas que la science, par la théorie du bigbang par exemple, apporte une réponse. Elle déplace la question, la fait reculer. Je ne cherche pas à me demander si les amphores remplies d’eau se transforment en vin, si le miracle a vraiment existé... Ma question est : Voilà les textes, nombreux, écrits près d’un siècle après la crucifixion, qui ont servi à propager la foi, comment comprendre leur efficacité en terme de conviction ? Comment à partir de cette foi du charbonnier peut-on parvenir à la diffusion de la foi ? J’essaie de retrouver la naïveté de celui qui entend lire ces textes.

J.P : Il y a toujours cette voix intérieure, d’ailleurs Jésus l’entend lui-même : "Va, va, va" !

M.G : Je suis content que vous ayez remarqué ce leitmotiv. Ce « va va va ! » m’était adressé à moi aussi. Adressé à l’écrivain qui se dit : Dois-je continuer ? Est-ce que cela a un sens ? Cela prouve aussi que Jésus est pleinement homme. Il est lui-même dans la situation de s’interroger : « Est-ce que j’accepte d’être Dieu ? ».

J.P : Sur ce point, vous dites d’ailleurs des choses nouvelles et étonnantes. Vous avez choisi la formule du récit et comme fil conducteur, pendant la première partie, Centurion Flavius, qui n’était pas un enfant de chœur. Pourquoi avoir choisi ce personnage ? M.G : Je voulais suivre le cheminement pas à pas de quelqu’un que rien ne prédisposait à la croyance en ce dieu là. Dans l’Evangile selon saint Luc ce personnage est présent, il est au pied de la croix et s’interroge : « Mais si cet homme était Dieu ? ». Plusieurs lecteurs me félicitent d’avoir commencé par la fin. Car la fin explique cette vie : la mort et la résurrection. J’ai commencé par cette interrogation et par cette quête et cette enquête du Centurion qui ne cache rien de ses crimes passés, de sa participation à des répressions, à des crucifixions, et pas à pas, va se trouver changé. On a beaucoup de chance, historiens qui nous intéressons à cette période et à Jésus en particulier, car nous disposons de beaucoup d’écrits contemporains de ce personnage. Cela permet de faire une description sociologique, géographique. Mon portrait de Jésus est un portrait avec groupe. Concernant la personnalité de Jésus, ce qui est très important c’est son humanité. Sa vie ne se limite pas à cela, mais le « va va va ! », le doute permanent, sa volonté d’affronter la mort la plus sordide, d’éprouver ce qu’un homme éprouve quand il meurt de cette manière. Telle est la grandeur de Jésus et la révolution du christianisme. Ce messie n’est pas un souverain, pas un homme puissant, pas un homme riche. Il dit d’ailleurs que « l’autre est son semblable ».

Consulter le site de l’Académie française : http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

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