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Le roman des rois de Max Gallo, de l’Académie française

Entretien avec l’auteur, par Jacques Paugam
Max Gallo a publié en automne 2009 Le roman des rois : les Grands Capétiens qui traite précisément des portraits et des règnes de Philippe II Auguste (1180-1223), Saint-Louis (1226-1270) et Philippe IV le Bel (1285-1314). Il s’en entretient ici avec Jacques Paugam de ce livre mais, plus généralement, de l’histoire et du rôle de l’historien en pointant la naissance d’un moment essentiel : le surgissement d’une identité nationale.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : PAG683
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag683.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida5283-Le-roman-des-rois-de-Max-Gallo-de-l-Academie-francaise.html
Date de mise en ligne : 27 décembre 2009

Max Gallo a été élu à l’Académie française le 31 mai 2007, succédant à Jean-François Revel.

Max Gallo a choisi d’évoquer trois des rois capétiens, ces "bâtisseurs" du royaume de France.

Avant 1180, les six premiers rois capétiens (Hugues Capet, Robert II le Pieux, Henri 1er, Philippe 1er, Louis VI le Gros et Louis VII le Jeune) permettent l’augmentation du domaine royal et présentent déjà leurs successeurs respectifs jusqu’en 1314 comme des rois bâtisseurs. Parmi eux, on retrouve Philippe II Auguste, Saint-Louis et Philippe IV le Bel. Ils constituent pour Max Gallo les souverains « les plus extraordinaires » mais aussi et surtout « les plus importants » de cette époque. Dans un contexte marqué par les croisades, les épidémies, les constructions de la cathédrale Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle à Paris, Louis IX est le petit-fils de Philippe II Auguste tandis que Philippe IV le Bel se définit, par l’intermédiaire de Philippe III le Hardi, comme étant le petit-fils de Saint-Louis.

Pour étudier Louis IX, Philippe II Auguste et Philippe IV le Bel, l’historien doit d’abord faire face à un manque d’informations en matière d’images et de tableaux, jugés pour ces dernières, et par Max Gallo comme trop « convenus ». Il se veut cependant être un écrivain proche des contextes sur lesquels il travaille grâce aux chroniques des Villeneuve de Thorenc. De même, il souhaite s’interroger de manière permanente sur les faits et sur les récits historiques des temps médiévaux à propos de ces trois monarques.

"Il faut bien comprendre mon projet dans ce livre : on n’a pas d’images de ces souverains. Les témoignages sont emportés par l’éloge convenu. Il faut donc à la fois se placer dans l’époque et garder une distance par rapport à ces souverains. Et je mets donc en parallèle cette lignée prestigieuse et une autre lignée, plus modeste, les Villeneuve de Thorenc, lignée provençale que je connais bien, qui sont des chroniqueurs au service de la couronne de France".

Philippe II Auguste et la naissance de la nation

Max Gallo rappelle, sans un premier temps, le contexte dans lequel Philippe II Auguste évolue au cours du XIIIe siècle. Il doit faire face en effet, et à la fois aux armées anglaises et au Saint-Empire germanique, sans oublier la pression importante émise à son encontre par les grands féodaux de son époque. Mais c’est aussi un roi centralisateur, populaire et militaire qui leur tient tête lors de la bataille de Bouvines, un dimanche en juillet 1214, grâce aux contingents et l’aide apportés par les communes. Le roi incarne ainsi la « difficile naissance d’une nation ». "C’est une période très intéressante, celle du surgissement de l’identité nationale", explique Max Gallo.

Sur le plan intérieur, Philippe II Auguste est l’un des premiers à vouloir s’appuyer sur la bourgeoisie naissante. Sa politique prépare ainsi l’ébauche d’un pouvoir royal administré, en permettant par la suite la montée progressive des légistes. De ce point de vue, Philippe II Auguste est bel et bien un « roi conquérant » durant son règne.

Louis IX ou Saint-Louis, la sainteté et la violence

Il est d’abord le fils de Blanche de Castille (1226-1242) qui exerce la régence du royaume de France. Cette femme a la particularité, selon l’expression même de Max Gallo, d’avoir « le pouvoir d’un roi » tout en étant de sang étranger ("cela est intéressant pour nous aujourd’hui, pour notre identité nationale" précise-t-il). Mais il est aussi un roi marqué profondément par le sacre et la religion catholique face au pape et par rapport aux Musulmans qu’il s’impose de convertir lors des croisades, c’est la vision de sa mission donnée par Dieu. "Nous avons du mal à imaginer aujourd’hui la force -cela renvoie aussi à nos questions sur l’identité nationale- du catholicisme dans les consciences, ce n’est pas quelque chose imposé de l’extérieur ; le sacre les transforme en personnes marqués par leur lien avec Dieu et qui se veulent, même face au pape, les représentants de Dieu".

Saint Louis imaginé par Le Gréco
Saint Louis imaginé par Le Gréco

La fin de sa vie est d’ailleurs marquée par la mystique, le refus des plaisirs et l’ascétisme. Peu après sa mort devant les murs de Tunis (1270), son corps est ainsi désossé, transformé en une somme de reliques disponibles pour ses successeurs. C’est enfin, et contrairement à ce que l’on pense, un souverain autoritaire qui use de la violence politique dans l’exercice du pouvoir royal. "Mais, explique Max Gallo, nous avons une vision des réalités du passé qui est déformée. La violence, la cruauté, la barbarie même, sont des pratiques quotidiennes. Saint Louis, par exemple, -des amis se sont étonnés que je m’intéresse à ce personnage- a montré de la violence contre les Juifs en période d’épidémies de peste. Ce saint est en même temps celui qui organise des "disputatio" entre chrétiens et rabbins qui finissent par la mise à mort de ces derniers...

Max Gallo conseille d’ailleurs de relire la Charte des Templiers rédigée par saint Bernard de Clairvaux (en 1127) "quand vous lisez cette charte, j’ose le dire quitte à être traité d’hérétique ou menacé d’excommunication, le texte est exactement celui d’un intégriste. On croit lire du Ben Laden... On est là dans une vision fanatique de la foi... Il faut beaucoup de temps pour se dégager de tels comportements".

Philippe IV le Bel et la construction du royaume de France

Philippe IV le Bel reste un « roi énigmatique » aux yeux de Max Gallo parce qu’il reste un personnage mystérieux, dont le comportement reste inexpliqué, notamment sa répudiation de son épouse du nord... Un épisode montre aussi la violence de Philippe Le Bel, celui des femmes de ses trois fils qui sont adultères, et les amants dépecés, et mis à mort. Max Gallo explique aussi les rapports du roi et du pape (Boniface VIII).

A l’aide des légistes, le roi renforce le poids pris déjà par les administrations centrales, fiscales et royales au détriment notamment des grands vassaux et des Templiers. En 1302, première réunion des Etats généraux. "On a là l’esquisse de constitution d’un royaume qui va coincider avec une nation". Il se heurte toutefois à des contestations et des révoltes nombreuses (à cause du "grand remuement des monnaies" entre autres) qui précèdent cependant aux cris de Jacques de Molay sur son bûcher à Paris en 1314. Max Gallo commente la malédiction de Grand Maître : "Ce type de propos était reçu à l’époque comme tout à fait crédible et il met les foules en mouvement". Toujours la violence ancrée dans la réalité de cette période de l’histoire.

Pour les historiens médiévistes, pour Duby, pour Bloch, on voit dans cette période du XIIe siècle, une ébauche de nation. Max Gallo founit les détails qui prouvent la justesse de cette analyse.

L’étude du règne de Philippe IV le Bel nécessite un regard critique et une confrontation nécessaire des données légendaires vécues à cette époque avec les réalités appréhendées dans les documents historiques lors de l’Inquisition.

L’étude de ces trois rois nous rappelle le poids pris par la centralisation voulue et continue du pouvoir depuis cette époque. A ce titre, Max Gallo note que le roi de France devient peu à peu le « principal suzerain » au sein du royaume face aux grands féodaux et aux Anglais grâce à l’appui permis à leur encontre par ses propres administrations. Il se définit ainsi, et peu à peu, comme la clé de voûte des institutions qui permet d’assurer à partir de 1180, le lien et la gouvernance monarchique entre les groupes et les ordres sociaux et politiques de cette époque.

Quel rôle pour l’historien ?

Max Gallo aborde le rôle de l’historien et celui du romancier. Il reconnaît que « l’humanité est tendanciellement ou instinctivement anthropophage, les hommes se dévorent entre eux ». Depuis Moloch, elle promeut la destruction de l’autre. C’est une des lignées de l’histoire humaine qui permet de comprendre ce qui s’est pratiqué, par exemple au XX ème siècle, l’extermination pour des motifs raciaux de certaines populations durant le dernier conflit mondial. Cependant, avoue Max Gallo "je continue à croire qu’il y a une liberté humaine qui s’oppose à cette menace et dans mes romans, je place toujours des personnages qui incarnent cette résistance à la tendance à l’anthropophagie".

La « mission de l’historien » est "d’alerter en montrant, parce que l’Histoire selon les mots de Gallo dont voici l’un des thèmes favoris, est le seul laboratoire où l’on puisse entrevoir les comportements humains ».

Consulter la fiche de Max Gallo sur le site : http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

A écouter aussi : L’Essentiel avec... Max Gallo, de l’Académie française et plusieurs émissions disponibles dans la médiathèque de Canal Académie.






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