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Michel Serres : le génie du français n’est pas dans les mots !

Michel Serres, de l’Académie française, à l’Ecole Normale Supérieure

Michel Serres, de l’Académie française, intervenait à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm à Paris, le 13 mai 2008, dans le cadre d’un séminaire national portant sur l’enseignement intégré de la science et de la technologie au collège. Écoutez-le parler de l’appauvrissement et de la survie de notre langue, de la richesse de ses mots et de sa grammaire, bref, de tout ce qui constitue la beauté de notre langue et les menaces pesant sur elle.


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Michel Serres a vu mourir une langue, la sienne, celle de son enfance, ce patois d'occitanie dans lequel il était né (à Agen dans le Lot et Garonne). Pourquoi et comment une langue meurt-elle ? « J'ai assisté à cette mort-là », dit-il et il évoque plusieurs causes. Mais la vraie raison, à ses yeux, est celle-ci : une langue disparaît lorsqu'elle ne peut pas tout dire. Elle devient virtuellement morte.
La question se pose évidemment pour le français aujourd'hui : est-il en passe de devenir une langue « régionale » ? C'est-à-dire une langue qui n'est attachée qu'à parler dans une « région » et pas ailleurs ? Peut-on tout dire en français ? Et pour combien de temps ?

De tout temps, il a existé des langues de communication (le grec, le latin jusqu'au XIXe siècle), l'arabe (durant quatre siècles après l'Hégire). Désormais, c'est l'anglais qui sert de langue diplomatique et commerciale. Mais, affirme Michel Serres, il est impossible de prévoir si elle deviendra une langue universelle. L'espagnol aussi se répand très vite...
Et d'ailleurs, cet anglais est-il si anglais que cela ? Il comporte et utilise de nombreux mots issus du latin-grec (plus que le français !).

Les deux parties d'une langue

Que veut dire « parler une langue » ?
Michel Serres explique que nous parlons généralement une faible fraction de notre langue, à peine 10 % des mots, et que c'est là la partie émergée... (Racine par exemple utilisait très peu de mots, à peu près autant que ceux qui sont aujourd'hui qualifiés d'illétrés ! Mais il avait un génie pour agencer ces mots dans une syntaxe parfaitement maîtrisée).

« J'ai fait une découverte récente : la langue française n'est pas une langue de mots ! L'anglais est une langue "atomique" où l'unité de sens est le mot ; le français est une langue "moléculaire" où l'unité de sens est la phrase. Quant à l'allemand, c'est un mélange des deux. Le génie du français n'est pas dans le vocabulaire ».

Et il ose dire que lors des séances du dictionnaire à l'Académie, la langue française n'est pas traitée si elle n'est traitée que par les mots et jamais par les phrases !

Mais il y a aussi la partie immergée de la langue, sa partie basse... Une langue est riche lorsqu'elle intègre des corpus particuliers. Et celui de la langue française, dans toutes(...)


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