Réception de William Christie à l’Académie des beaux-arts

Le célèbre chef d’orchestre américain devenu français reçu sous la Coupole
William CHRISTIE
Avec William CHRISTIE
Membre de l'Académie des beaux-arts

L’installation sous la coupole de William Christie, au sein de l’Académie des beaux-arts, au fauteuil de Marcel Marceau, dans la section des membres libres a eu lieu le mercredi 27 janvier 2010. Devant une assemblée nombreuse et mélomane comptant parmi elle quelques grands noms du monde de la musique et des lettres, le claveciniste et chef d’orchestre William Christie a été officiellement installé à l’Académie des beaux-arts par Hugues Gall, lui-même membre de cette section.

Cette élection porte au nombre de sept, les membres de la section des Membres Libres qui regroupe : Michel David-Weil, Pierre Cardin, Henri Loyrette, François-Bernard Michel, Hugues R. Gall et Marc Ladreit de Lacharrière.
Hugues R. Gall qui commença sa carrière dans différents cabinets ministériels d’Edgar Faure, notamment celui de l’Education Nationale où il créa avec Marcel Landowski le baccalauréat à option musicale, qui fut directeur général du Grand Théâtre de Genève, et enfin directeur de l’Opéra national de Paris de 1995 à 2004, et qui depuis 2008 dirige la fondation Claude Monet à Giverny, a prononcé le discours d’installation de cette cérémonie.
Un discours qu’il commençe en s’adressant au Ministre de la Culture, présent lors de cette cérémonie de réception sous la coupole de l’Institut de France :

- « Cher Frédéric Mitterrand, pardon ! Monsieur Le Ministre, en choisissant d’être parmi nous cet après-midi sous la coupole de Le Vau, c’est bien sûr notre nouveau confrère et son rôle dans la vie musicale de la France que vous entendez honorer d’éclatante manière. Mais votre présence marque aussi de votre part, c’est du moins ce que nous ressentons, une considération particulière pour notre Compagnie : cette attention, vous nous l’aviez déjà témoignée en venant naguère nous présenter votre projet pour l’Académie de France à Rome que le gouvernement venait de vous confier ; vous nous aviez dit combien les liens anciens entre l’Académie des beaux-arts et la Villa Médicis vous semblaient devoir être renoués sans toutefois revenir sur une réforme qui les avait brutalement rompus… C’est bien le ministre des beaux-arts, c’est vous Monsieur le Ministre, que discrètement nous reconnaissons pour parrain et sur l’attention bienveillante duquel notre Compagnie sait pouvoir compter ! »

William Christie sous la Coupole de l’Institut le 27 janvier 2010
© Canal Académie

Le discours d’Hugues Gall s’adressa ensuite au nouvel Académicien des beaux-arts, William Christie, un discours où se côtoyaient : verve, humour, érudition musicale, entrain, émotion…

- « …à l’Opéra Comique… Cette salle tant aimée des parisiens : le spectacle allait commencer ; les plantureuses renommées qui encadrent le manteau d’Arlequin s’estompaient dans la pénombre ; les lumières de la salle s’éteignaient doucement : le brouhaha des retrouvailles de notre charmante ménagerie rendait difficile l’accord des musiciens des Arts Florissants, un accord à 415 bien sûr, nous y reviendrons ! Un temps d’attente, de longues minutes et la voilà votre longue, votre élégante silhouette ; vous vous faufilez entre vos musiciens jusqu’à votre pupitre, cher William Christie ; la salle, un moment dérangée dans ses conversations, vous applaudit poliment ; on allait pouvoir continuer à toussoter, à chuchoter : c’était mal vous connaître ! Nouvelle attente, le silence ne se fait toujours pas ; vous pivotez sur vous-même, impérieux et irrité, vous embrassez le public de ce regard courroucé et dominateur qui est parfois le vôtre ; vous la toisez cette salle qui se refuse au silence sans lequel aucune musique n’est possible, du moins pas celle que vous allez défendre ! Oh ! Nous en avons vu des chefs demandant le silence : le dos immobile comme un menhir de Furtwaengler, le bec agressif et méchant de Klemperer, le brushing argenté de Karajan incliné vers l’orchestre dans une prière qui claquait comme un ordre, la barbiche prognathe et vengeresse d’Ansermet pointée vers les coupables des premiers rangs, le rictus agacé de Solti, oui ! Nous en avons vu des artistes réclamant le silence mais jamais aucun, comme vous, affronter son public à la manière d’un matador dont vous avez, heureux homme, et le courage et la taille !... »


Un américain de Buffalo sous la Coupole

La suite de ce discours retrace l’arrivée en 1971 de William Christie en France à Paris, cet américain du Comté de l’Erié au nord de l’Etat de New York où s’élève Buffalo, sa ville natale qui avait tout d’abord été colonisé par des Français « fredonnaient-ils des airs de Lully ou de Rameau en affrontant les Mohicans près des tumultes du Niagara » , « Forêts paisibles, jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs », et vos ancêtres ont peut-être croisé sur ces rives qu’entre-temps ils avaient conquises, la chevelure ébouriffée du jeune Vicomte de Chateaubriand qui découvrait l’Amérique, avnt de nous la faire rêver.

- «Buffalo, votre ville, c’est celle qu’on a surnommé aux Etats Unis d’Amérique The City of Light, la Ville des Lumières : quel clin d’œil à votre destin !»

Les choix musicaux de William Christie, claveciniste, chef d’orchestre, musicologue et enseignant, ce grand pionnier de la redécouverte en France de la musique baroque qui a révélé à un très large public le répertoire français des XVII et XVIIIème siècle sont ensuite ainsi évoqués.

- « Votre combat à vous est ailleurs : vous voulez redonner les œuvres des compositeurs délaissés des deux siècles pré- révolutionnaires. Oh ! Vous savez qu’ils ne sont pas complètement oubliés ; vous savez les efforts de Vincent d’Indy, de Saint-Saens, de Ravel, de Debussy, de Paul Dukas, de Jacques Rouché et de Maurice Lehmann pour que soient donnés quelques grandes œuvres de Lully, de Couperin ou de Rameau ; mais vous détestez l’empois qui les raidit, la barde qui en dénature et la forme et le goût ;cependant, chez vous, foin d’ « authenticité » ce concept vide de sens, élastique et stérile et prétexte à tant d’impostures !

William Christie sous la Coupole de l’Institut le 27 janvier 2010
© Canal Académie

Le goût ! La voilà votre querelle, celle qui guide toute votre vie d’homme, d’historien et d’artiste ! Au nom de l’esprit de ces deux siècles dont l’âme se perd dans la vôtre, vous récusez les arrangements qui vous semblent des falsifications, pire des trahisons ! »
Est bien évidemment racontée la création des Arts Florissants : « Les Arts Florissants que vous créez en 1979 et auxquels vous donnez le nom d’une pastorale de Marc-Antoine Charpentier… L’esprit qui y règne, c’est le vôtre : un mélange d’appétit, d’enthousiasme, de curiosité, de rigueur et surtout de plaisir... »






En réponse, le discours de William Christie commença ainsi : « Me voici donc devant vous, en habit brodé et, tout à l’heure, l’épée au côté. Mais que fais-je ici ? Nous sommes beaucoup je pense, à avoir eu ce sentiment en prenant part à cette cérémonie d’installation ; mais pour un américain comme moi, né près des chutes du Niagara, l’étonnement est, vous vous en doutez, encore plus grand. Une dame, pourtant, serait encore plus surprise, celle qui m’abordait par ces mots : «Vous m’avez dit que vous étiez de Buffalo, et vous jouez du clavecin ? » C’est ainsi, en effet, qu’une Nantaise, peu après mon arrivée en France, au début des années 70, montrait son incompréhension complète de la conjugaison de ces deux qualités, pour elle parfaitement incompatibles : être américain et claveciniste.
C’est certes, une petite anecdote, mais elle m’a marqué car elle traduit assez bien le rapport qu’entretenait alors une certaine France culturelle avec le reste du monde…
»

- « L’admiration de mes parents pour la culture française me fascinait, comme la musique du grand siècle, découverte en écoutant le chœur dirigé par ma mère, et les disques qu’elle et ma grand-mère paternelle m’offrait. Ces enregistrements, notamment les pièces de clavecin et les leçons de ténèbres de Couperin, sont mes premières rencontres avec la musique française. »


Hommage au mime Marcel Marceau

William Christie rendra hommage ensuite à son prédécesseur à ce fauteuil de l’Académie des beaux-arts : le mime Marcel Marceau « L’art du mime de Marcel Marceau est né dans la souffrance… Il aimait parler du « poids de l’âme... » La guerre arrache l’adolescent Marcel Mangel (qui deviendra Marcel Marceau) à sa famille, à leur vie strasbourgeoise… Ces années terribles voient l’arrestation, la déportation et l’assassinat de son père à Auschwitz. Elles sont aussi celles de l’engagement de Marcel Marceau dans la résistance… Traqué à Limoges, il se cache à Paris et ses dons pour le théâtre ayant été remarqués, trouve un emploi de moniteur à la maison d’enfants de Sèvres. Dans un étonnant paradoxe, cette école et colonie, placée sous l’autorité du gouvernement de Vichy et conçue comme un instrument de propagande, deviendra au cours de la guerre, et en plein cœur de la zone occupée, un refuge pour les proscrits du régime et les enfants juifs persécutés. C’est pour eux, dans ce temps suspendu que Marcel Marceau crée ses premiers vrais sketchs et instants de théâtre animé…

A la fin de cette émouvante évocation du mime Marceau, William Christie fit résonner un nom inattendu sous la coupole de l’Institut de France, celui de Michael Jackson, à la surprise de l’assemblée. Sans provocation aucune, mais en poursuivant dans le registre de l’émotion, le créateur des Arts Florissants déclara : « Peut-on imaginer témoignage plus fidèle du rayonnement de notre confrère le Mime Marceau, que sa rencontre avec cet autre roi de la scène, mon compatriote Michael Jackson. Son sens génial et émouvant de la puissance du geste sur scène, sa curiosité l’ont, on le sait, conduit à rencontrer Marcel Marceau qu’il vénérait, bien au-delà de l’étonnant « Moonwalk », variation « pop » sur « la marche contre le vent » de notre mime. Dans ce renouvellement permanent, dans ce processus et ces échanges vivants, là est la vraie transmission d’un art, là est la filiation des influences. »

Au grand bonheur de l’assistance, en cours de discours, William Christie se livra avec bienveillance et la passion qu’on lui connait à plusieurs démonstrations offertes au grand public, pour apporter la démonstration que Lully, Rameau, et tous leurs contemporains fournissaient volontairement à leurs interprètes une partition à compléter…, laissant ainsi aux instrumentistes la possibilité d’improviser et d’embellir une ligne mélodique.

C’est donc là qu’intervient tout le talent de William Christie qui lui permettra d’introduire dans la partition les fameuses notes inégales, sorte « d’épice qui rend le rythme irrésistible ».
Et sur ce ton de la confiance, de la transmission, de la filiation, William Christie termina ce discours très apprécié autant par ses qualités humaines et musicales, par le geste poétique du mime Marceau qui avec ses deux mains dessinaient un cœur et ensuite l’envoyait avec tendresse vers l’assistance, vers le monde, vers l’univers…


Lire l'intégralité du discours de William Christie sur le site de l'Académie : http://www.academie-des-beaux-arts.fr/actualites/

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